Le dessin à toujours été pour moi une manière d’aborder le monde, de comprendre la matière dont est fait le réel. Si l’art ne c’était pas imposé à moi je me serais tourné vers la physique.

Jusque dans les années cinquante les recherches établies dans le domaine de la perception auditive ne tenaient compte ni de la capacité sensorielle de l’individu ni des éléments extérieurs interférents avec l’écoute d’un son. Le physicien Denis Gabor définit alors le quantum perceptif, un seuil minimal à partir duquel il nous est possible de percevoir le son. Ses travaux instaurent une vision élargie et non déterministe de notre représentation du réel.

Ce seuil de perceptibilité traverse l’ensemble du spectre du sensible. Tout ce que l’on ressent ou que l’on croit percevoir a toujours un début et une fin, ces instants flottent dans une zone mince et sont impossible à fixer ni dans le temps ni dans l’espace. Ce qui motive ma pratique c’est de trouver ce seuil de perceptibilité, de m’en
approcher au maximum, de faire des bonds entre image nette et floue, connue et inconnue, de créer des battements à la manière d’un oscilloscope. Mon travail étudie les limites de ce que l’on peut percevoir, entendre et voir.

Le son et la lumière nous permettent d’appréhender notre environnement, lorsque l’obscurité s’épaissit ou que des bruits viennent parasiter notre écoute nous commettons des erreurs de traduction du réel . Lorsqu’il nous manque un certain nombre d’informations ou que celles-ci sont inintelligibles notre instinct nous pousse à combler ses trous avec ce qui lui semble convenir le mieux, ce sont grâce à ces intervalles que les illusionnistes parviennent à dissimuler leurs astuces. Cette réalité que nous recréons est elle si différente de celle que nous tenons pour vrai? Quelles sont les limites du réel? Du spectacle?

Cet espace entre les certitudes c’est mon terrain de recherche, je le nomme Interzone, il est le point de départ de mes réflexions mais également un pays hors d’atteinte. Cette zone s’étend entre la ville et la forêt, entre l’homme et la machine, entre le jour et la nuit, entre l’éveil et le rêve.

Je me considère comme une chercheuse car mon travail est purement expérimental, les techniques que j’emploie découlent directement de l’objectif recherché et l’oeuvre finit rend compte d’une tentative d’approche du sensible.

Dans toutes mes productions sonores qu’elles soient destinées à être diffusées dans une installation ou sur un dancefloor, je cherche à confondre mes sons dans le paysage sonore préexistant, la composition ne doit pas être plaquée sur le bruit ambiant mais l’accompagner. Je souhaite annihiler les frontières entre réalité et spectacle et pousser l’auditeur à être attentif à son environnement. De même, mes productions plastiques tentent de reproduire ce que j’observe le plus fidèlement possible, mon intervention consiste à suggérer la conversation en cours entre différents objets qui parfois semblent en total désaccord.


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